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mercredi 8 juin 2011

La financiarisation du monde...

Après cette première partie le 10 mai 2011 : http://mediascitoyens-diois.blogspot.com/2011/05/dominique-strauss-kahn-pour-sauver-le.html  voici la fin.
Voici le dernier volet de cet examen des prises de positions explicites et argumentées de DSK sur de grandes questions économiques, ici mondiales, toujours sur la base de son livre de 2002. ( photo : manif en Grèce, étranglée par le FMI). Je reviendrai en conclusion sur ce choix et sur les « biais » de mon approche, sans en nier l’existence, mais en les assumant.
LA MONDIALISATION ET L’ELOGE DE LA CONCURRENCE
La mondialisation fait l’objet de réflexions (chapitres 6 et 7) qui sont parmi les plus intéressantes du livre. Notamment des propositions de réforme de l’architecture des grandes institutions internationales et de réduction ou d’effacement de la dette des pays les plus pauvres.
De façon générale, la mondialisation est jugée inévitable, largement « accomplie », imparfaite mais hautement souhaitable car « c’est de l’accroissement et de la multiplication des échanges que naissent les civilisations ».
L’immense mérite de la mondialisation, pour le professeur d’économie, c’est le suivant : « s’il est un gagnant, un seul, à la mondialisation, c’est bien le consommateur - je pense ici au consommateur des pays développés… Si la mondialisation fait le bonheur du consommateur, c’est parce que le marché, devenu mondial, favorise la concurrence et encourage de ce fait la baisse des prix. La concurrence entre producteurs est en effet la seule manière de garantir au consommateur qu’aucune entente ne viendra le priver du bénéfice d’une partie au moins des gains de productivité ». Il s’agit pratiquement d’une application de l’enseignement néoclassique dispensé à Sciences Po et par lequel j’ai débuté ces trois billets.
Je n’ai pas trouvé dans ces deux chapitres de référence au dumping social et environnemental, ni au commerce équitable, ni aux dommages environnementaux collatéraux de l’intensification des échanges, ni à la nécessité de privilégier la petite agriculture vivrière. Au contraire, la mondialisation vient « au secours du développement » grâce aux investissements des firmes du Nord dans les pays du Sud (p. 127).
J’y ai trouvé en revanche un plaidoyer (p. 130-131) en faveur 1) de la poursuite de l’ouverture des marchés agricoles « indispensable à la survie d’une grande partie de l’humanité », et 2) des OGM : « les progrès de la productivité hydrique de l’agriculture… supposent une intense exploitation des possibilités offertes par les OGM ». DSK ajoute : « Je n’y suis pas hostile mais je ne suis pas certain que les adversaires traditionnels de la mondialisation y consentent »…
CONTRE LA TAXATION DES TRANSACTIONS FINANCIERES
DSK est hostile aux taxes globales (écologiques, etc.), mais son opposition à la « taxe Tobin », que son expérience au FMI n’a pas entamée, est particulièrement vive, au point qu’il y consacre dix pages (134-143) de son livre ! Il n’y va pas de main morte : cette taxe, qui part de bonnes intentions, est « techniquement peu réaliste », les progrès de la technologie financière et en particulier des produits dérivés la rendent inapplicable, elle aurait pour conséquence la disparition de milliers d’emplois dans les salles de marché, l’euro a constitué un moyen beaucoup plus efficace pour stopper la spéculation sur les devises européennes, et surtout « en quoi l’activité spéculative des traders est-elle gênante ? » (p. 141).
Conclusion : « techniquement impossible, la taxe Tobin s’avèrerait aussi financièrement et stratégiquement inefficace ». Et pire : « les cortèges et les défilés en faveur de la taxe Tobin, de même que les associations auxquelles elle donne naissance ou les ralliements politiques qu’elle occasionne parfois [il s’agit notamment de plusieurs députés socialistes, JG], CONSTITUENT L’UN DES PLUS SÛRS REMPARTS DE LA SPÉCULATION ».
Bien entendu, les objections techniques de DSK méritent examen et réponses. Le problème est que des réponses existaient déjà lorsqu’il a écrit son livre et qu’elles se sont précisées ensuite. Au point qu’aujourd’hui un appel de 1000 économistes de 53 pays, dont Paul Krugman et Joseph Stiglitz, invite à créer cette taxe sans tarder, en insistant sur sa faisabilité. Voir ce lien.
S’il n’en reste qu’un, DSK sera-t-il celui-là ? Ce n’est pas certain, car ce pourrait être, pour lui, « stratégiquement inefficace ».
JUSTIFICATIONS ET LIMITES DE CE « PROFIL »
Je ne compte nullement conclure ce « profil » par un jugement synthétique. Ce n’est pas l’objectif. D’autres sources d’information existent que j’ai laissées de côté, ainsi que nombre de critiques (ou de louanges) d’un niveau parfois lamentable. Du côté des amis de DSK, le site incontournable s’appelle « DSK dans le texte ».
Mais je voudrais, en tenant compte de deux commentaires critiques, au demeurant rédigés par des amis (Christian Chavagneux et Dominique Taddéi), justifier ma méthode et revendiquer ses biais, sans ignorer les limites.
Pourquoi ai-je à ce point privilégié un livre, au demeurant un peu ancien ? Parce que ce livre est très argumenté, parce qu’à ma connaissance personne n’avait exploité cette source, et parce qu’il a le grand avantage d’être une sorte de « bible » des thèses et justifications de DSK (400 pages). Par ailleurs, écrit en dehors de toute campagne politique, il cède moins que certains écrits de responsables politiques au penchant à la démagogie préélectorale et aux promesses « en l’air ». Sur le site « DSK dans le texte », il est présenté encore aujourd’hui comme sa « vision globale de la société ».
Pourquoi n’avoir pas exploité les nombreux discours de DSK au FMI, me demande C. Chavagneux, en ajoutant : « DSK y défend-il une approche néoclassique ou keynésienne ? Régulatrice ou dérégulatrice de la finance ? Favorable ou défavorable à l’emploi ? Etc. ».
Un tel examen serait sans doute digne d’intérêt, mais on sait aussi que les discours du directeur d’une institution reflètent autant les orientations collectives de ceux qui en ont le contrôle que les convictions personnelles du directeur. Et l’on connaît des exemples de décisions « keynésiennes » (ou de mesures protectionnistes) prises par des dirigeants très libéraux. Bref, j’ai préféré l’expression structurée d’analyses personnelles approfondies libres de toute inscription institutionnelle et de tout calendrier électoral.
Les citations et thèmes que j’ai sélectionnés pour ce profil sont-ils partiels ? OUI, mais je l’assume, avec un argument : ce sont à mes yeux des questions particulièrement décisives pour la « gauche altermondialiste et écologiste » dont je fais partie. Ma sélection est orientée, mais je la crois défendable sous cet angle revendiqué.
Enfin, je ne m’interdis pas de faire le même exercice pour d’autres personnalités politiques, sur la base de leurs ouvrages les plus explicites. Mais pour l’instant DSK est en tête des sondages et il a, de loin, le profil d’économiste le plus marqué. Il était, si je puis dire, mon premier candidat naturel…
Pour une version intégrale des  billets de ce profil, vous pouvez télécharger ce fichier pdf : profilecodsk-vf.pdf
Jean Gadrey
Jean Gadrey, 67 ans, est Professeur émérite d'économie à l'Université Lille 1. Il a publié au cours des dernières années : Socio-économie des services et (avec Florence Jany-Catrice) Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, coll. Repères). S'y ajoutent En finir avec les inégalités (Mango, 2006) et, en 2010, Adieu à la croissance (Les petits matins/Alternatives économiques). Il collabore régulièrement à Alternatives économiques.

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